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FINANCE AGRICOLE

Financer les chaînes de valeur agricoles en Afrique de l'Ouest

Alassane Osseni Inoussa Par Alassane Osseni Inoussa · 6 min de lecture
Greniers de céréales et registres comptables, symboles du financement des chaînes de valeur agricoles en Afrique de l'Ouest

Entre 2012 et 2015, en tant qu'assistant technique pour ICCO Cooperation dans le cadre du programme Terrafina Microfinance, j'ai accompagné des institutions de microfinance au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal sur un même défi : faire entrer l'argent utile là où l'agriculture en avait le plus besoin, sans casser l'équilibre financier des institutions qui le portaient.

Le problème n'est pas l'argent, c'est le circuit

Une chaîne de valeur agricole ne manque presque jamais totalement de financement. Ce qui lui manque, c'est un circuit qui relie le bon montant, au bon moment, à la bonne étape de la production. Un producteur de céréales n'a pas les mêmes besoins en période de semis, de récolte ou de stockage. Une institution de microfinance qui applique un produit de crédit générique à toutes ces étapes finit par mal servir chacune d'elles.

Le travail que j'ai mené avec les Associations de caisses villageoises d'épargne et de crédit agricole (CVECA) a consisté, avant tout, à professionnaliser cette lecture du besoin : diagnostiquer chaque institution partenaire, puis co-construire des produits financiers calés sur le cycle réel des filières — céréales, maraîchage, élevage — plutôt que sur des grilles de crédit classique importées telles quelles.

Le fonds de garantie, un outil puissant mais exigeant

Le refinancement bancaire des institutions de microfinance partenaires, appuyé par la gestion d'un fonds de garantie, a été un des leviers les plus efficaces pour élargir l'accès au crédit agricole. Mais un fonds de garantie mal gouverné peut aussi créer une fausse impression de sécurité et pousser à un octroi de crédit trop généreux. La gestion rigoureuse de ce type de mécanisme — que j'ai retrouvée plus tard en 2017 lors d'une évaluation similaire pour le Programme SNV/ABC au Bénin — demande des règles claires de mobilisation, un suivi serré des impayés et une stratégie de sortie pensée dès le départ.

Un mécanisme de financement agricole ne vaut que par sa capacité à survivre à une mauvaise saison.

Ce que confirme le terrain, année après année

Plus récemment, entre 2021 et 2022, une mission pour l'IRAM sur le projet PADIAP au Bénin m'a permis de refaire ce même diagnostic à une autre échelle : celle de la bancarisation des producteurs agricoles et éleveurs, et de la capacité des structures financières locales à répondre aux besoins des acteurs de filières et des collectivités. Les constats rejoignent ceux du Sahel dix ans plus tôt — l'analyse institutionnelle et l'inventaire des instruments disponibles restent le point de départ obligé avant toute proposition de mécanisme de financement adapté.

Ce qui a changé, en revanche, c'est la place grandissante de l'approche chaîne de valeur dans la conception des produits financiers : on ne finance plus un producteur isolé, on finance un maillon d'une filière, avec les acteurs d'amont et d'aval qui la sécurisent.

Trois principes qui reviennent à chaque mission

C'est cette dernière conviction qui guide aujourd'hui encore mes missions de diagnostic et de structuration de financement agricole en Afrique de l'Ouest.

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