MICROFINANCE
Diagnostic et performance sociale des institutions de microfinance
Une institution de microfinance peut afficher un excellent taux de remboursement et, dans le même temps, avoir dérivé loin de sa mission d'origine. C'est le constat qui revient dans la plupart des diagnostics d'IMF que j'ai menés, du Burkina Faso aux Comores.
Le rating financier ne suffit pas
En 2016, une mission pour ICCO Cooperation et la Fondation Master Card, dans le cadre du programme STARS, m'a demandé de « rater » plusieurs institutions de microfinance partenaires et de proposer un plan de renforcement des capacités. Un rating classique évalue la solidité financière : qualité du portefeuille, rentabilité, gouvernance. Il ne dit presque rien de la manière dont l'institution traite ses clients les plus vulnérables, ni de la pertinence de son offre pour les populations rurales qu'elle prétend servir.
C'est pour cela que la gestion de la performance sociale — diagnostic, plan d'actions, facilitation de la mise en œuvre, évaluation — doit être menée en parallèle du rating financier, et non après lui.
Comores : appuyer, pas se substituer
Entre 2018 et 2021, comme assistant technique résident pour HORUS Development Finance sur le Projet d'Appui au Financement du Secteur Productif de l'Agence Française de Développement, j'ai accompagné l'Union Régionale des Sanduk d'Anjouan (URSA) et l'Union des Mutuelles d'Epargne et de Crédit Ya Komor (UMECK), en lien avec la Banque Centrale des Comores.
Le travail y était structurel : plans stratégiques et projections financières, manuels de procédures d'opérations, textes de gouvernance, outils de gestion des ressources humaines, développement de produits financiers dédiés au secteur productif. Mais la partie la plus déterminante restait le coaching des équipes internes — car un manuel de procédures qui n'est pas appliqué par les agents de crédit sur le terrain ne vaut rien.
Un diagnostic d'IMF n'a de valeur que si son plan de renforcement des capacités est réellement mis en œuvre.
Ce que l'éducation financière change
La promotion et la mise en œuvre de programmes d'éducation financière — un axe que j'ai porté en 2018 comme Directeur de la Promotion de la Microfinance au Ministère des Affaires Sociales et de la Microfinance du Bénin — est souvent le chaînon manquant entre l'offre technique d'une IMF et son adoption réelle par les clients. Une institution peut avoir le meilleur produit financier possible : si les clients ne comprennent pas ses conditions, la performance sociale reste théorique.
Trois questions à poser avant tout diagnostic d'IMF
- L'institution sait-elle qui sont réellement ses clients les plus vulnérables, au-delà des statistiques de portefeuille ?
- Le ciblage des groupes vulnérables est-il une politique explicite, ou un effet de bord non mesuré ?
- Les indicateurs de performance sociale sont-ils suivis avec la même rigueur que les indicateurs financiers ?
C'est cette double lecture — financière et sociale — que j'applique à chaque mission de diagnostic d'institution de microfinance.